Ariège, 9, 10, 11 octobre 2026
Désolé pour ce retard, j'ai repoussé l'écriture de ce compte-rendu car j'ai beaucoup à faire avant de remonter en Savoie.
1) La famille seigneuriale de Mirepoix s'appelle « Lévis ». Pour eux tout a commencé en 1209 lorsque Guy de Lévis, lieutenant de Simon de Montfort, reçut le fief de Mirepoix juste après la prise de la ville. A la révolution française, les Lévis perdront leurs possessions. En 1289, la ville fut emportée par une crue de l'Hers et reconstruite selon un plan en damier romain qui permet d'avoir de belles perspectives. Nous avons sillonné ces moulons (pâté de maisons), le cœur de ville est resté très moyenâgeux, on y admire des colombages, des poutres très anciennes, pas forcément en chêne, les résineux étant ici aussi résistants lorsqu'ils sont bien choisis et taillés autour du cœur. La richesse de Mirepoix vient de son industrie textile depuis le moyen-âge, notamment les draps de laine. Cette région étant concernée par la guerre de cent ans, les routiers, la peste noire, Mirepoix s'est dotée de remparts au XIVème siècle, nous pouvons observer la porte d'Avail, seule rescapée.
Les deux points forts de la balade sont la maison des Consuls et la cathédrale Saint-Maurice.La maison des Consuls date de la fin du XIIIème siècle (juste après l'inondation), elle faisait office de salle des conseils, de tribunal et de prison. Aujourd'hui, c'est un hôtel, nous n'en verrons pas l'intérieur. Sa façade et sa galerie sont remarquables, poutre de 12 mètres de long et surtout, ses sommiers, poutres perpendiculaires à la façade, sont ornés de 104 sculptures. Aucun écrit ne livre les légendes, à chacun d'inventer ses interprétations.
La cathédrale Saint-Maurice est de style gothique méridional (sans transepts), sa nef unique avec ses 22 mètres est la plus large de France. Elle a été édifiée sur les ruines d'une première église balayée par la fameuse crue de l'Hers. Première pierre posée par Jean 1er de Lévis-Mirepoix, le 6 mai 1298.Elle a été restaurée en 1858 et 1859 par Prosper Mérimée et Eugène Viollet le Duc. Ce dernier supprime le plafond plat et fait édifier des arcs-boutants en pierre pour contenir la voûte actuelle, c'est une belle prouesse technologique. Après la restauration, il faut embellir, entre autres par un orgue digne de cette nef. Le chanoine Barbe est chargé de ce projet. Il se tourne vers le facteur incontournable de cette époque, « Puget » de Toulouse, mais lassé par celui-ci, il passe commande à l'entreprise bavaroise Link, moins de dix ans après la défaite contre la Prusse. Malgré ce scandale, les premières notes s'envoleront en 1891. Une répétition ayant cours, nous avons pu constater que 135 ans après, elle fonctionnait toujours à merveille.
2) Le parking de Montségur est situé à 1000 mètres d'altitude, on accède au château à 1216 mètres par un chemin escarpé qui nous fait deviner l'étymologie de ce pog (pic) : « le mont sûr ». Montségur est un haut lieu du catharisme, mouvement chrétien médiéval qui a fortement marqué le sud de la France (mais aussi la Champagne, la Bourgogne, la Catalogne, le nord de l'Italie, la Rhénanie...) au XIIème siècle. Ce mouvement critiquait la richesse ostentatoire et l'abus de pouvoir de l'église romaine. Le pape Innocent III pour traquer ce mouvement créa « l'Inquisition », tribunaux aux méthodes extrêmes qui pourchassaient les hérétiques. Suite à l'assassinat d'un inquisiteur, il lança la croisade contre les Albigeois (1209-1244).
Du château, il ne reste que quatre murs. C'est lovés au soleil contre l'un d'eux que nous avons écouté pendant plus d'une heure notre guide. Originaire du village voisin, et se sentant descendant des survivants cathares, nous avons été impressionnés par son homélie millimétrée.
Les cathares (catharos en grec = purs), nom qu'on leur a donné plus tard, sont manichéens, ils opposent le Bien et le Mal, ce dernier étant identifié à la matière dont l'homme doit se détacher. Ils mènent une vie austère (jamais de viande) et chaste, l'enfer est sur Terre, ils redoutent la réincarnation, synonyme de punition, 900 ans plus tard, les ukrainiens, les gazaouis, les yéménites et bien d'autres doivent penser qu'ils étaient visionnaires. Leurs élites se nommaient « les parfaits », eux seuls étaient habilités à organiser leurs rites, notamment le « consolamentum » qui marquait l'entrée dans la communauté. Aucun document écrit par des cathares ne nous est parvenu et leur histoire a été écrite par leurs vainqueurs... de fait les historiens doutent sur plusieurs points. Les cathares bien qu'ayant fait vœu de chasteté étaient plusieurs centaines à Montségur. Selon notre guide, ce miracle est dû au fait qu'ils faisaient leurs consolamentums adultes, leur progéniture était avec eux lors de cette intégration... je pense plutôt qu'au XIIème siècle, les hivers étaient rudes en Ariège et qu'il fallait bien se réchauffer d'une manière ou d'une autre.
Montségur, considéré comme la capitale du catharisme, fait partie des lieux sélectionnés pour le classement à l'Unesco. Mais, la politique est partout, ce classement ne se ferait pas sous l'appellation « Châteaux cathares », ce serait sous celle de « Forteresses royales du Languedoc »... ce qui ne plaît pas du tout aux locaux qui ont misé depuis longtemps sur l’identité cathare. L'adjectif est partout, des bouteilles de vin aux pompes funèbres, il est utilisé sans restriction, hormis pour les restaurants qui en ont une. Il leur est interdit de proposer sur leur carte de la viande grillée (je m'excuse, je ne pouvais pas m'en empêcher). Nous avons pris notre repas du vendredi soir au « Palais cathare ».
Pourquoi une telle polémique sémantique ? Est-ce que ce nom de cathare donné aux hérétiques, affiché à l'envi déplaît à certains, ou bien y a-t-il de réelles raisons historiques ? Notre guide et la maquette présentée au musée nous l'ont expliqué, les croisés ont combattu des cathares retranchés derrière les murs de leurs maisons ou de simples défenses, ils n'avaient absolument pas les capacités techniques et financières nécessaires à la construction de ces impressionnantes courtines que l'on voit aujourd'hui. Celles-ci ont effectivement été construites par les rois de France ultérieurement. Si vous souhaitez agir, sachez qu'il existe une pétition en ligne pour revendiquer l'appellation cathare. A débattre lors de vos repas de Noël, en parlant de Noël, une attaque majeure des croisés a été portée pendant les célébrations de Noël 1243, les albigeois se rendront en mars 1244.
En 1255, les dernières citadelles cathares se rendent, l'église albigeoise est désorganisée, les rares « Bons Hommes et Bonnes Femmes » survivants se réfugient en Lombardie.
A noter que l'emplacement supposé du bûcher n'a pas été fouillé, 220 martyres ont refusé d'abjurer et furent brûlés vifs, parmi eux, une poignée de chrétiens qui avait demandé à suivre les albigeois. Seule une stèle érigée en 1960, sur le chemin d'accès, au « Prats dels cremats » rappelle cet épisode. Explication de notre guide : des originaux en quête de lieux mystiques en feraient un nouveau Bugarach... déjà que des indélicats munis de poêles à frire grattouillent le pog à la recherche du trésor.
« L'hérétique n 'est pas celui que le bûcher brûle mais celui qui l'allume. » Francis Bacon, philosophe anglais du XVIIème siècle.
Sur le chemin du restaurant, nous nous arrêtons à la fontaine de Fontestorbes, curiosité géologique. De l'automne au début de l'été, période où l'alimentation est importante, le débit est fort et régulier. En été, lorsque l'alimentation en amont est faible, le débit est intermittent. Il est fort pendant environ 20 minutes toutes les 40 minutes. Ceci serait dû à une cavité où l'air se mélange à l'eau lorsque le niveau d'eau dans cette cavité est bas.
3) « Le château de Foix est si fort, qu'il se défend par lui-même », je ne sais plus à qui il faut attribuer cette phrase mais aucun visiteur ne la contestera. Accès par une rampe en calades, au sommet, trois tours dont les sommets offrent de belles vues sur la ville et les vallées stratégiques. Cet accès étant très escarpé, le château n'a jamais eu d'écurie.
Le premier château est mentionné en 1002, il n'a qu'une seule tour. Le seigneur d'alors, Bernard, était le fils du comte de Carcassonne,. Les siècles suivants verront se succéder nombre de comtes qui défendront les intérêts occitans. Au XIIIème siècle, le château fut épargné lors de la croisade contre les albigeois, les comtes de Foix, préférant rester neutres n'ont pas permis aux cathares de se réfugier chez eux, contrairement à ceux de Toulouse qui en payeront le prix fort.
Attenant au château, le musée des comtes de Foix, moderne et agréable, présente l'arbre généalogique des comtes. Ces gens-là avait le sens de la famille qu'il considérait comme sacrée. En gros leurs vies ne sont que des successions de deux types de séquences. Première séquence : étude de marché, mariage, fêtes, alliances, constructions... peu de temps après, deuxième séquence : répudiation, trahisons, assassinats, guerres, destructions.
Un des plus célèbres comtes de Foix fut Gaston Fébus (1331-1391). Il régna de 1343 à 1391, gagna à Launac en 1362 une importante bataille contre la maison rivale d’Armagnac qui lui disputait son héritage de Béarn. Gaston Fébus était un extraordinaire gestionnaire (il détestait s’endetter), les seigneurs faits prisonniers par les Fuxéens (habitants de Foix) étaient enfermés au château de Foix en attendant que leurs proches payent les rançons. Ainsi, Gaston Fébus put réaliser de nombreux aménagements dans les châteaux qu’il possédait dont celui de Foix. Il eut une vie extraordinaire et longue en ces temps dangereux, il mériterait d'être porté à l'écran. En 1380, son unique fils et héritier Gaston participe à un complot pour l'empoisonner, démasqué, il est assassiné, probablement de la main de son père. Gaston Fébus était écrivain, son « Livre de la chasse » fut longtemps une référence, mais aussi poète, j'ai appris récemment que lorsque je levais mon verre à la fête de Lunel-Viel en entonnant « sé canto, qué récanto... », c'était grâce à Gaston Fébus.
À partir de 1479, le comte de Foix devient roi de Navarre, le dernier d’entre eux, fut Henri IV, roi de France en 1607, il annexa ses terres pyrénéennes à la France.
Le château a régulièrement servi de prison. À partir du XVIIIe siècle et surtout au début du XIXe siècle, le château et ses tours furent entièrement transformés en prison. Les prisonniers gravèrent des graffitis sur les murs que l'on peut encore observer. Les conditions de détention étaient effroyables, les détenus étaient environ 200 en 1859, on leur doit les calades empruntés pour monter. En 1864 on décida la construction d'une prison moderne dans la ville de Foix.
Quel dommage que la France se transforme en paradis pour marmottes, les visites ne démarrent qu'à 10h ou 10h30 et s'achèvent à 17h30. A l'ouverture, il faut rajouter l'installation, le bonjour... on ne peut envisager qu'une visite par demi-journée. Le réchauffement climatique fera peut-être évoluer les choses, cet été, la citadelle de Carcassonne commençait ses visites à 8h45 pour clore à 16h. Que faire de 6h à 10h du matin ? Un bon petit-déjeuner si on a la chance d'avoir un buffet à volonté ou bien faire un tour à la foire agricole. On y rencontre l'Ariège authentique, discussions avec des paysans très sympas, les prix de leurs animaux sont incroyablement bas. Dommage, notre coffre était bien rempli, ça valait le coup de ramener un veau ou un coq.
4) A Niaux, interdiction de prendre des photos (j'en ai récupéré deux sur le web) et prendre des notes dans l'obscurité sur un chemin glissant et escarpé n'est pas recommandé. Nous disposons chacun d'une lampe et suivons en file indienne notre guide qui saura nous faire éteindre nos lampes afin de faire apparaître selon sa mise en scène les peintures rupestres originales. On entre dans ce sanctuaire par un superbe porche de 55 mètres de haut et 50 mètres de large. La « cathédrale souterraine » se trouve à environ un kilomètre de l'entrée, elle fut fréquentée essentiellement pendant la période magdalénienne (-13 000 à -20 000). Cette culture a été mise au jour à la grotte de la Madeleine en Dordogne, elle se caractérise par une grande maîtrise de l'industrie lithique et par l'apogée de l'art préhistorique.
La cavité la plus décorée et qui sera notre point de retour s'appelle « Le salon noir ». Avec l'art pariétal, reviendront éternellement les mêmes questions : qui, pourquoi là, quel sens donner à ces œuvres, quels apprentissages ???, beaucoup d'hypothèses, aucune certitude et c'est tant mieux... le novice « en sait autant » que le chercheur et n'a qu'une envie, c'est de visiter d'autres grottes ornées.
Regrets de ne pas être allés au château de Miglos que l'on aperçoit de notre restaurant. Propriété de la famille « de Miglos »... jusqu'en 1244 où Arnaud de Miglos avoua avoir reçu des Parfaits en son château, direction les cachots de Carcassonne. Le château ne reviendra dans la famille qu'en 1610.
Le soir, nous avons eu le plaisir de marquer les 60 ans de Michel Manilève autour du mounjetado de la petite auberge de Niaux, auberge ouverte au XIIIème siècle.
5) Du VIème siècle jusqu'à la Révolution française, les évêques du Couserans, province historique dont la capitale est Saint-Girons, ont élu domicile à Saint-Lizier. Fondée par les romains au IIIème siècle, la ville classée « Plus beaux villages de France » offre un large panel de sujets : remparts, cloître, pharmacie du XVIIIème, églises... le tout dans un splendide cadre montagnard. Nous ne pourrons nous attarder que sur le palais des évêques et la cathédrale Notre Dame de la Sède attenante. Les peintures sur la voûte et les murs s'échelonnent du XIIème au XIXème siècle, heureusement, notre guide a démêlé toute cette chronologie. Sont visibles douze sybilles porteuses de messages divins prophétiques. Les sybilles étaient dix dans l'Antiquité grecque, au Moyen-Age, l'église en a rajouté deux pour égaliser avec les apôtres. Sur un mur, miraculeusement émergé de plusieurs couches d'enduit, on devine un arbre de Jessé, arbre généalogique de Jésus, avec à sa racine, Jessé, roi d’Israël.
Pour finir, le guide découvre derrière des médaillons ou des panneaux des superbes boiseries du XIXème, une sculpture représentant deux lions se mordant la queue, ainsi qu'un estropié, le tout symbolisant le remord face aux pêchés. Dernière peinture, un enfeu, niche funéraire pratiquée dans les murs pour abriter un tombeau.
Cet ensemble a servi d'hôpital, d'asile, de tribunal... péripéties racontées à travers les bâtiments et le musée voisins.
6) Ce qui frappe au mas d'Azil, c'est le gigantisme de la cavité creusée par la rivière Arize à une époque où le climat était bien différent, en 2026, nous avons pu constater que l'Arize était totalement à sec. Ce gigantisme a permis de construire une route sous la grotte, au cours de notre visite, on aura remarqué que certains prennent un malin plaisir à faire vrombir leurs moteurs lors de cette traversée, consolons-nous, la construction de la route est à l’origine des découvertes archéologiques. A l'Aurignacien (-40 000), au Magdalénien (-20 000) et enfin à l'Azilien (-10 000), la grotte a été occupée, de fait, on y trouve un large panel d'artefacts, de gravures rupestres et de restes d'animaux, mammouths laineux, ours des cavernes, rhinocéros laineux, aurochs, bisons... Les chefs d’œuvre du Mas d'Azil, sont des propulseurs très finement sculptés.
Je me suis parfois demandé pourquoi les préhistoriques aimaient se réfugier dans les grottes. Certes, ils y trouvaient la sécurité, mais aussi l'humidité et la fraîcheur (les grottes enregistrent leurs records de fréquentation pendant les canicules), j'oubliais stupidement qu'au magdalénien, on était à la fin de la dernière période glaciaire, que le climat était froid et sec et qu'ils appréciaient grandement les 13 degrés souterrains.
Merci aux photographes, Isabel, Isabelle, Audrey, Michel Manilève, Michel Bonnet et Jean-Claude Piquard. J'aime bien comparer vos clichés. Un même sujet pris au même moment par différentes personnes, sans grande latitude de temps, devrait donner des résultats identiques et pourtant, c'est un régal de jouer au jeu des sept erreurs afin de choisir une photo (quelques degrés de plus à droite ou à gauche, un geste...). Les années passant, je constate une amélioration des capteurs photo de vos téléphones, cela me permet de zoomer et recadrer. Par contre je ne suis pas encore aussi dégourdi qu'Audrey pour l'utilisation de l'IA (j'ai eu droit à une rapide démo)...
J'ai trouvé nos guides à la hauteur, discours rodés, bons rythmes et compétents tout en reconnaissant leurs limites. Ce fut un plaisir de partager ces visites enrichissantes avec vous.
le 24 octobre 2026, cordialement, Thierry


























































































































